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18-02-2008  Interview  
Afghanistan : la situation humanitaire se détériore au fur et à mesure que le conflit s’étend
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est profondément inquiet de la détérioration de la situation humanitaire en Afghanistan. Tandis que les affrontements armés s’étendent et que l’insécurité croît, toujours davantage de personnes sont obligées de quitter leur foyer. Il devient aussi de plus en plus difficile pour le CICR d’accéder aux personnes déplacées dans tout le pays. En outre, les températures extrêmement basses et les tempêtes de neige qui se sont abattues sur plusieurs régions ont fait des centaines de morts.Interview avec Franz Rauchenstein, chef adjoint de la délégation du CICR en Afghanistan.

© CICR
Franz Rauchenstein, chef adjoint de la délégation du CICR en Afghanistan.

Comment le CICR interprète-t-il la situation humanitaire qui prévaut en Afghanistan ?

Le CICR est inquiet de voir que de plus en plus de personnes sont déplacées suite à l’extension des affrontements entre les forces de sécurité – tant afghanes qu’internationales – et l’opposition armée.

Dans tout le pays, les besoins humanitaires ont considérablement augmenté ces deux dernières années. En plus des provinces méridionales, de vastes régions de l’est et de l’ouest de l’Afghanistan sont à leur tour touchées par le conflit armé. Ce sont aujourd’hui près des deux tiers du pays qui subissent les effets des hostilités.

En outre, les grands froids qui sévissent dans le centre et l’ouest ont plongé beaucoup d’habitants dans une situation très critique, en particulier dans les régions montagnardes reculées, où les températures ont chuté drastiquement. Dès le retour du printemps, ces villages vulnérables pourraient être encore plus lourdement sinistrés en raison des inondations qui menacent.

De quelle manière les hostilités touchent-elles les civils ?

Il est impossible de dire avec exactitude combien de civils ont été déplacés par les hostilités, car l’accès à ces régions est très difficile, ce qui ne nous permet pas d’obtenir des informations et des chiffres fiables.

Les déplacements massifs de civils afghans mettent à rude épreuve les services de santé et d’assainissement. Après avoir perdu leur maison et leurs moyens d’existence, nombreuses sont les personnes déplacées qui dépendent de leurs proches pour survivre.

Pendant ce temps, les civils qui ont décidé de rester dans les zones de conflit s’exposent au risque d’être pris à partie ou intimidés. Par exemple, il arrive souvent que des villageois soient abordés la nuit par des membres de l’opposition armée qui exigent d’eux nourriture et abri. La journée, ce sont les forces gouvernementales qui les soumettent à des interrogatoires, les accusant de soutenir les combattants de l’opposition et détruisant parfois leurs habitations. Ils n’ont alors plus guère d’autre choix que de fuir.

© CICR / M. Kokic / v-p-af-e-01201
Kandahar, unité pédiatrique de l’hôpital Mirwais.

Les personnes qui restent voient leur liberté de mouvement restreinte, ce qui fait qu’aller au marché ou faire du commerce devient difficile. Dans ces conditions, il est également compliqué de transporter les blessés et les malades à partir de zones isolées vers des centres de soin ou des hôpitaux spécialisés.

Quels effets l’insécurité croissante a-t-elle sur l’action du CICR ?

Il n’est pas facile de porter assistance aux personnes déplacées. Nous avons plus de peine à les atteindre que jamais durant ces 20 dernières années ; ce qui est à la fois préoccupant et frustrant.

L’insécurité qui prévaut, ajoutée à la présence de groupes criminels dans les régions touchées par le conflit, empêche le CICR de se déplacer en toute sécurité sur le terrain.

En tant qu’organisation strictement neutre, indépendante et humanitaire, le CICR entretient des contacts avec toutes les parties au conflit armé. Par expérience, nous savons que c’est le plus sûr moyen d’accéder aux personnes qui ont besoin d’assistance, sans pour autant que l’accès soit plus facile.

Grâce au Croissant-Rouge afghan, nous sommes en mesure de contribuer à la distribution de vivres et de secours non alimentaires aux habitants de nombreuses régions. Toutefois, de telles opérations comportent aussi des risques pour les collaborateurs de la Société nationale, et nous ne pouvons pas acheminer des secours partout où cela serait nécessaire. Le CICR soutient également des établissements médicaux, des programmes orthopédiques et des projets dans le domaine de l’approvisionnement en eau et de l’assainissement, et ce, dans plusieurs régions du pays.

Que le CICR a-t-il à dire sur la question de la détention en Afghanistan ?

© CICR / M. Kokic / v-p-af-e-00918
Kandahar, prison centrale. Un délégué du CICR s’entretient avec un détenu de sécurité dans la section réservée aux mineurs.

L’intensification du conflit a entraîné une augmentation brutale du nombre de personnes privées de liberté. Le nombre des prisonniers et des détenus a en effet plus que doublé ces deux dernières années, passant d’environ 5 000 à 13 000. Ils sont internés dans des prisons et des centres de détention conçus pour en loger quatre fois moins.

Le CICR visite les personnes privées de liberté en raison du conflit afin de se rendre compte de leurs conditions de détention et du traitement qui leur est réservé. Comme nous ne pouvons pas accéder à toutes les régions du pays, il nous est impossible de visiter tous les lieux de détention. Nous savons toutefois que beaucoup sont surpeuplés.

Le CICR visite également les détenus aux mains de la Force internationale d'assistance à la sécurité ou de la coalition menée par les États-Unis, notamment au centre de détention provisoire de la base aérienne américaine de Bagram. Le CICR entretient un dialogue bilatéral et confidentiel avec les autorités détentrices, auxquelles il fait part de ses observations relatives aux conditions de détention, au traitement réservé aux détenus et au respect des garanties judiciaires fondamentales.

Lorsque cela s’avère nécessaire, il apporte également son soutien aux autorités pénitentiaires afghanes pour la construction ou la réparation des installations sanitaires dans les lieux de détention.


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18-02-2008