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21-01-2008  Interview  
Colombie : comment le CICR a contribué à la libération de Clara et Consuelo
La libération des deux otages a mis en évidence le travail qu'effectue le CICR dans le contexte du long conflit armé qui déchire la Colombie et a fait des millions de victimes. Barbara Hintermann, chef de la délégation du CICR à Bogota, évoque les circonstances de l'opération de libération, ainsi que des préoccupations plus générales du CICR.

©Reuters / D. Munoz
Barbara Hintermann, chef de la délégation du CICR à Bogota
Quel a été le rôle du CICR dans la libération de Clara Rojas et Consuelo González ?

En Colombie, des groupes armés organisés prennent des otages à des fins politiques et financières. Dans la plupart des cas, ces otages sont détenus pendant des semaines, des mois ou des années dans des conditions très dures. La situation est aussi très difficile pour leurs proches, qui ont rarement des nouvelles d'eux et vivent une attente qui peut être extrêmement éprouvante.

La première tentative de libération de Clara Rojas et Consuelo González a été suivie avec une attention considérable par le public. Le gouvernement vénézuélien a été étroitement associé à tout le processus, et une commission internationale comprenant des représentants de sept gouvernements a participé aux premiers stades de la tentative de libération des otages. Le CICR a suivi de près les négociations et a agi en tant qu'intermédiaire neutre pour faciliter l'opération.

Clara et Consuelo n'ayant pas été libérées immédiatement, le CICR a continué à travailler assidûment avec toutes les parties concernées afin que la liberté soit rapidement rendue aux deux femmes. Des délégués du CICR ont été déployés à Caracas et à San José de Guaviare, en Colombie. C'est depuis cette dernière ville qu'a été lancée la phase finale de la remise des otages. Mon collègue de Caracas et moi-même, à Bogota, somme restés en contact étroit avec les gouvernements vénézuélien et colombien respectivement, et avons fait le nécessaire pour régler les détails logistiques.

Pour ma part, j'ai rencontré le ministre colombien de la Défense et le Commandant en chef des forces armées colombiennes afin d'obtenir les garanties de sécurité nécessaires pour la zone où la remise des otages devait avoir lieu. Il a été décidé qu'une commission plus restreinte que la première prendrait part à l'opération de libération, sous les auspices du CICR.

"Clara Rojas a déclaré que c'est seulement en voyant l'emblème de la Croix-Rouge sur les hélicoptères qu'elle a été convaincue qu'elle allait enfin être libérée."


Une fois les garanties de sécurité générales obtenues, la mission humanitaire conduite par le CICR est rapidement passée à l'action. Deux hélicoptères arborant l'emblème de la Croix-Rouge, ayant à leur bord deux délégués du CICR et des membres de la commission internationale, ont décollé de l'aéroport de San José de Guaviare le matin du 10 janvier. Il était important d'utiliser l'emblème de la Croix-Rouge car c'était un signe, visible par tous les protagonistes concernés, qui indiquait clairement que la mission était véritablement neutre et humanitaire. En fait, Clara Rojas a déclaré que c'est seulement en voyant l'emblème sur les hélicoptères qu'elle a été convaincue qu'elle allait enfin être libérée.

La CICR participe-t-il à d'autres libérations d'otages ?

Oui, bien sûr. En fait, il a participé en tant qu'intermédiaire neutre et impartial à la libération de centaines d'otages en Colombie. Sa première participation remonte à 1980, à la suite de la prise d'otages à l'ambassade de la République dominicaine à Bogota. Le CICR maintient des contacts réguliers et un dialogue confidentiel avec toutes les parties au conflit, y compris les FARC-EP, pour leur rappeler l'obligation qui leur incombe de respecter les règles fondamentales du droit international humanitaire (DIH).

En sa qualité d'organisation humanitaire neutre et impartiale, le CICR fait tout ce qui est en son pouvoir pour obtenir la libération de tous les otages. Afin d'assurer la protection de ces derniers et de faire en sorte que leur remise se passe dans les meilleures conditions, les opérations sont généralement menées de manière discrète et confidentielle, mais dans une totale transparence et avec l'accord de toutes les parties concernées.

La prise d'otages est interdite en droit international humanitaire, et le CICR continuera de rechercher tous les moyens possibles d'obtenir la libération immédiate des otages encore détenus en Colombie. Cependant, il est conscient de la réalité du terrain, et sait qu'il faudra peut-être un certain temps avant cette libération. Dans le cadre du dialogue confidentiel qu'il entretient avec les acteurs armés non étatiques, le CICR insiste pour que les otages, s'ils ne sont pas libérés immédiatement, soient du moins traités avec humanité et puissent communiquer avec leur famille au moyen de messages Croix-Rouge. Cependant, il ne s'est pas vu accorder l'accès aux otages jusqu'à présent, et n'a pas non plus eu beaucoup de succès dans ses efforts pour obtenir que des messages familiaux puissent être échangés.
©Reuters / D. Munoz
Bogota. Une femme regarde la photo d'un proche retenu en otage.
La délégation du CICR en Colombie compte cinq sous-délégations et six bureaux. Une soixantaine de délégués sont à l'œuvre dans les zones les plus touchées par le conflit armé. Cette présence sur le terrain permet à l'institution d'établir des contacts avec la plupart des unités des FARC et d'autres groupes armés organisés, afin de discuter de divers problèmes d'ordre humanitaire.


Le CICR a également participé à la libération de membres des forces armées colombiennes détenus par des groupes armés organisés. Bien que leur détention ne représente pas en soi une violation du droit international humanitaire, le CICR a aussi proposé ses bons offices afin de faciliter leur libération à titre humanitaire.

Comment se dessine l'avenir pour ces otages ?

Naturellement, nous espérons qu'ils seront libérés sans tarder. En Colombie, on parle beaucoup de la possibilité de conclure un « accord humanitaire », c'est-à-dire de démilitariser une certaine zone afin de donner un coup de fouet aux pourparlers entre le gouvernement colombien et les FARC sur la libération des otages et des détenus.

En sa qualité d'organisation humanitaire neutre et impartiale, le CICR peut, comme il l'a fait par le passé, agir en tant qu'intermédiaire neutre afin de faciliter la libération de ces otages et détenus. Si l'« accord humanitaire » devait se concrétiser, notre institution aurait certainement un rôle important à jouer. Nous nous félicitons de toute initiative visant à réduire les conséquences humanitaires du conflit et à améliorer le respect du DIH.

Quelles sont les autres conséquences de ce conflit sur le plan humanitaire ?

Le conflit armé colombien est probablement le plus long qu'ait connu l'histoire contemporaine. Les affrontements entre l' État et divers acteurs armés non étatiques, les menaces, les exécutions sommaires, les violences sexuelles, le recrutement forcé d'enfants et l'utilisation de mines antipersonnel sont autant de facteurs qui ont tous eu de graves conséquences sur le plan humanitaire, surtout ces quinze dernières années environ. Tout ceci a été extrêmement néfaste pour le développement social et humain de la Colombie.

Des milliers de personnes sont détenues dans les prisons d'État et les centres de détention provisoire colombiens en raison du conflit armé. Le CICR a accès à ces établissements et, régulièrement, ses délégués s'entretiennent avec les détenus et évaluent leurs conditions de détention.

Comme cela se produit pendant la plupart des conflits, les civils ont très souvent été la cible de la violence armée. Des milliers de personnes qui n'ont jamais participé directement aux hostilités sont toujours portées disparues, et leurs proches attendent désespérément qu'on leur dise où elles se trouvent. Le seul fait d'ignorer si un membre de sa famille est vivant ou mort peut avoir un énorme impact psychologique sur un individu.

Le conflit armé qui sévit en Colombie a aussi engendré l'un des plus importants phénomènes de déplacement de population civile au monde. Selon les chiffres du gouvernement et de la société civile, entre 2 millions et 3,5 millions de personnes ont été obligées de fuir à cause des menaces, des hostilités armées et du recrutement forcé. Dans la plupart des cas, ces déplacés internes sont des agriculteurs qui n'ont eu d'autre choix que de chercher refuge dans les quartiers pauvres des villes du pays. L'adaptation à un environnement urbain peut être très difficile et, le plus souvent, les déplacés ne sont pas en mesure de subvenir aux besoins essentiels de leurs enfants parce qu'ils n'arrivent pas à trouver immédiatement du travail.

En fait, le CICR, en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM), a achevé fin 2007 une vaste étude sur la situation socioéconomique des populations déplacées dans huit villes. Bien que le gouvernement ait pris des mesures, au fil des années, pour fournir une assistance à moyen et long terme à ces victimes, il reste encore beaucoup à faire. La plupart des déplacés internes continuent à vivre dans une extrême précarité, surtout pendant les premiers mois de leur réinstallation.

Le déplacement interne a aussi des effets particuliers sur les enfants et les femmes, ainsi que sur les minorités. Actuellement, les populations afro-colombienne et indigène sont touchées de façon disproportionnée par le déplacement forcé. Elles ont des liens culturels très forts avec leur terre, et le déracinement peut être particulièrement désastreux pour elles. Les enfants et les femmes, quant à eux, ont des besoins spécifiques. Plus de la moitié des personnes déplacées ont moins de 18 ans.

De nombreux départements – subdivisions administratives régionales – ne sont pas en mesure d'absorber ces afflux importants de personnes déplacées, et la plupart des enfants doivent attendre un certain temps avant d'avoir accès à des structures scolaires et des services médicaux. De plus, beaucoup de familles ont à leur tête des mères seules dont le mari est mort au cours des combats ou porté disparu, ce qui rend encore plus difficile leur lutte quotidienne pour la survie. Certaines femmes, aussi, sont victimes de violences sexuelles.

Le CICR est très attentif aux besoins chroniques des populations déplacées. Au cours de ces dix dernières années, il a apporté à plus d'un million de déplacés internes une assistance alimentaire et non alimentaire essentielle. Sa délégation en Colombie continue d'aider ces victimes au cours de leurs premiers mois de déplacement. Pendant la seule année 2007, le CICR a apporté une aide humanitaire à près de 70 000 personnes déplacées. En outre, il s'efforce de persuader et de mobiliser les organismes concernés de l'État et de la société civile afin qu'ils fournissent à cette population des services sociaux et une assistance de meilleure qualité.



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21-01-2008