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2-11-2007  Interview  
Congo-Kinshasa : les combats en cours ont des conséquences humanitaires graves
Yann Bonzon, responsable des opérations du CICR à Goma, explique ce que l'organisation accomplit en faveur des victimes des affrontements. Il dénonce les nombreuses exactions commises contre la population civile, notamment les multiples cas de violences sexuelles.

Yann Bonzon
Le CICR se dit particulièrement inquiets du nombre d'exactions commises contre la population civile dans la province du Nord du Kivu. Qu'en est-il exactement ?


Les combats réguliers entre les forces gouvernementales et les troupes du général Laurent Nkunda durent depuis des semaines et ont des conséquences humanitaires graves. Non seulement ont-ils causé le déplacement de milliers [1] de familles mais également des souffrances auxquelles la population civile ne devrait pas être exposée. Tout comme d'autres organisations humanitaires présentes sur le terrain, le CICR a constaté de nombreux cas de pillages, de viols commis sur des femmes et de très jeunes filles ainsi que d'autres types de violations du droit international humanitaire.

Le CICR rappelle constamment aux forces en présence leur obligation de respecter l'intégrité physique de la population civile ainsi que les biens nécessaires à sa survie, y compris les structures médicales, voire religieuses.

Pour revenir aux violences sexuelles, ce phénomène est récurrent dans ce contexte et nous y portons une attention particulière. Nous essayons de comprendre sa dynamique et d'identifier les auteurs de ces actes afin de faire des démarches auprès des porteurs d'armes. Le but est bien évidemment de faire cesser ces exactions. Il faut souligner que seules les structures de commandement concernées peuvent prendre des mesures appropriées.


Que fait concrètement le CICR pour venir en aide aux victimes de violence sexuelle ?

Parallèlement à ces démarches, des collaborateurs du CICR et de la Croix-Rouge de la République démocratique du Congo travaillent dans les camps de déplacés et dans les zones sensibles. Ils viennent en aide aux femmes qui ont été violées avant ou pendant leur déplacement, ou encore dans les camps où elles se trouvent. Les porteurs d'armes que nous rencontrons sont régulièrement avertis des conséquences que de tels actes entraînent.

Depuis un certain temps, le CICR a développé avec des partenaires locaux un programme de soutien psychosocial destiné à venir en aide aux victimes de violences sexuelles. Les femmes violées sont la plupart du temps rejetées de leur communauté et se retrouvent seules ou avec leurs enfants sans moyen de subsistance.

Il s'agit d'abord de les orienter vers les centres de soins compétents, pour éviter des grossesses non désirées ou des maladies sexuellement transmissibles, mais aussi pour soigner des blessures aux organes génitaux qui exigent parfois des interventions chirurgicales lourdes et répétées. Le CICR approvisionne par ailleurs plusieurs structures de santé avec des kits PEP (kits de médicaments pour le traitement des victimes de violences sexuelles) et forme le personnel des ces centres à leur utilisation. Par la suite, des maisons d'écoute aident ces femmes à vivre avec leur traumatisme et leur donnent conseils et attention.


Dans un contexte aussi troublé, les organisations humanitaires peuvent-elles faire une réelle différence ?

Je suis convaincu que notre présence même a des répercussions positives et permet d'éviter le pire. Être là où les affrontements ont lieu est la première étape de l'action de protection que nous menons en faveur de la population civile. Cela réduit certainement le niveau de violence et le nombre d'actes contraires au droit international humanitaire.

Par ailleurs nos diverses actions d'assistance en faveur de la population font réellement une différence, non seulement en évitant des pertes en vie humaine mais également en permettant aux populations affectées de subvenir à leur besoins. Il est enfin à remarquer que si les organisations humanitaires n'ont pas accès à certaines zones conflictuelles, il existe aussi des zones affectées par le conflit sans être le théâtre de combats et dont les populations ne doivent être oubliées pour autant.

Il ne faut pas non plus se leurrer. On ne peut pas foncer tête baissée dans des endroits où nous n'avons aucune garantie de sécurité. En plus, les équipes du CICR sont très souvent obligées de bouger pour assurer leur propre sécurité et il nous est impossible de garantir que des actes répréhensibles ne recommencent pas après notre départ ou celui d'autres organisations d'une zone d'affrontements. Il est malgré tout important que nous gardions la possibilité de rencontrer tous les acteurs de la violence pour leur soumettre nos observations. C'est ce que nous faisons régulièrement.

A cela s'ajoute la nécessité de bien coordonner nos actions avec celles des autres acteurs humanitaires présents. Dans de telles circonstances, tout le monde aimerait être partout et se charger de tout. Nous devons donc éviter la duplication de l'aide et être certains que les porteurs d'armes comprennent que nous agissons en toute neutralité et impartialité.


Le processus de paix est-il enterré ?

Non. Je préfère rester raisonnablement optimiste. De nombreuses discussions ont lieu entre les parties au conflit et les représentants nationaux et internationaux pour trouver une solution politique, négociée et pacifique au conflit. En tant qu'humanitaires, on ne peut que souhaiter ce type de démarche et de recherche de solution. Les affrontements dans cette région durent depuis trop longtemps et ne font que prolonger les souffrances d'une population déjà très éprouvée.

Il est rassurant de voir que la communauté internationale s'implique de plus en plus dans ce dossier. Tout le monde a à l'esprit l'histoire tragique de cette région. Ceci étant dit, le CICR laisse les négociations politiques à ceux dont c'est le métier et se concentre sur son mandat, qui est de nature strictement humanitaire : les soins aux blessés de guerre et la protection et l'assistance donnée aux personnes déplacées.



1. Selon OCHA de décembre 2006 au 29 octobre 2007, 74'310 ménages (371'550 personnes) ont été déplacées dans la province du Nord Kivu, dont 28'626 ménages (143'130 personnes) entre septembre 2007 et le 15 octobre 2007. A ces données il faut probablement ajouter les ménages déplacés suite aux récents affrontements dans le Rutshuru.


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2-11-2007