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16-03-2007  Éclairage  
Golan occupé : un mariage empreint à la fois de joie et de tristesse
Les mariages sont toujours des événements émouvants – en particulier lorsque la future mariée ne sait pas quand elle reverra sa famille. En sa qualité d’intermédiaire neutre, le CICR aide des couples à se marier sur la ligne de démarcation entre le Golan occupé et la Syrie depuis deux décennies.

« Si la paix est rétablie, je reverrai mes parents, sinon je ne les reverrai plus jamais », explique Arwad Abu Shaheen. Le 12 mars au matin, la jeune femme de 25 ans, originaire du village de Buqa’ta dans le Golan occupé, est en proie à des émotions fortes mais contradictoires : « C’est tellement dur de quitter la chambre où j’ai grandi, mon village, ma famille et mes amis. »

Elle éprouve certes de la joie à l’idée de se marier avec Muhanad Harb, un homme qu’elle a rencontré il y a trois ans. Malheureusement, elle doit quitter sa famille et ses amis qui vivent dans le Golan occupé pour aller s’installer avec son mari à Qraya, une ville de Syrie située à une centaine kilomètres au sud-est de Damas. Elle ne sait donc pas quand elle pourra revoir ses proches.

Peu avant midi, les deux familles se réunissent au milieu de la zone tampon entre les postes de contrôle israélien et syrien, au point de passage de Kuneitra – le seul endroit où elles peuvent se rencontrer. Après deux heures d’attente, Arwad embrasse une dernière fois ses parents et les autres membres de sa famille, fait signe à ses amis restés de l’autre côté du poste de contrôle israélien en guise d’adieu et passe en territoire syrien avec son mari et sa belle-famille.

Le CICR, en sa qualité d’intermédiaire neutre, a prêté son assistance pour que la célébration de ce mariage puisse avoir lieu, et ce, par le biais de ses délégations à Damas et à Tel Aviv et de son bureau dans le Golan occupé. Il s’est chargé non seulement de remplir les formalités administratives requises par les deux gouvernements, mais aussi d’obtenir un droit de passage dans la zone tampon pour que les invités puissent assister à la cérémonie. Une telle procédure peut prendre plusieurs mois.

Séparés depuis 1967

Pour les membres des deux familles, le but de la rencontre dans la zone tampon n’est pas seulement de célébrer le mariage d’Arwad et de Muhanad : c’est aussi une des rares occasions de revoir d’autres membres de la famille et des proches parents dont ils sont séparés depuis le cessez-le-feu de 1967. Suha Abu Shaheen, la belle-sœur d’Arwad, a quitté sa famille en Syrie il y a plus de deux ans pour se marier avec le frère d’Arwad et vivre avec lui dans le Golan occupé. C’est la première fois qu’elle revoit sa famille depuis son mariage.

Tout d’abord, seuls une vingtaine de membres de chaque famille sont autorisés à entrer dans la zone tampon. Frustrés et en larmes, les autres font des signes et crient pour attirer l’attention de leur famille de l’autre côté des fils de fer barbelés et des barrières métalliques. Finalement, les autorités syriennes et israéliennes permettent à une soixantaine de personnes par famille de se rendre dans la zone tampon. Les chanceux se précipitent au milieu de la zone pour faire durer chaque minute qu’ils peuvent passer auprès des proches qu’ils n’ont pas vus depuis des années.

Le CICR contribue à l’organisation des mariages de ce type au point de passage de Kuneitra depuis 20 ans. En 2006, trois mariages ont été célébrés. Dans les trois cas, il s’agissait de femmes venant de Syrie pour se marier avec des hommes du Golan. Le CICR facilite également le passage d’étudiants du Golan occupé pour leur permettre d’étudier en Syrie. Le matin où Arwad s’est mariée, 40 étudiants sont retournés dans leur famille dans les territoires occupés au terme d’un semestre d’études.

Visites familiales suspendues

Dans le passé, un programme géré par le CICR permettait aux membres des familles dispersées de se retrouver une fois par année en Syrie pendant deux semaines. Ce programme a été brutalement interrompu en 1992, mais le CICR tente de le relancer.

« C’est une priorité pour nous, explique Mohammed Safadi, collaborateur du CICR dans le Golan occupé. Pour les communautés locales, c’est de loin le principal problème de l’occupation. Si le programme des visites familiales était rétabli, les mariages redeviendraient des moments de pur bonheur. »

« Mon enfant s’en va loin de moi, pourquoi ne serai-je pas autorisé à la revoir, demande Yehya Abu Shaheen, le père d’Arwad. S’ils ouvraient la frontière au point de passage de Kuneitra, je pourrais la voir chaque semaine.»

« S’il arrivait quelque chose à son père ou à sa mère, une tragédie – Dieu nous en préserve –, ils ne la laisseraient pas revenir dans le Golan occupé, ajoute Tharwat, le frère de la jeune femme. Je ne comprends pas pourquoi. Et croyez-moi : c’est cruel ! »

Pour en savoir plus sur les activités du CICR dans le Golan occupé

©ICRC/P. Conneally
La mariée et ses invités dancent près du point de passage de Kuneitra, en attendant le signal leur autorisant l'entrée dans la zone tampon.
©ICRC/C. Landolt
La belle-soeur de la mariée retrouve pour la première fois sa famille après plusieurs années de séparation
©ICRC/C. Landolt
Les familles des deux mariés se rencontrent à l'extérieur du bureau du CICR dans le milieu de la zone tampon, au point de passage de Kuneitra
©ICRC/P. Conneally
Les mariés partent en direction du côté syrien de la zone tampon. Ils ne savent pas dans combien de temps ils pourront revoir la famille de la mariée.

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16-03-2007