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4-05-2006  Interview  
Népal : “Les autorités ont compris que nous devons être en relation avec les deux côtés”
Friedrun Medert, chef de la délégation du CICR au Népal, évoque les défis rencontrés par les nouvelles autorités, la façon dont le conflit a perturbé la vie de la population, le rôle du CICR et la manière dont il est perçu.

Quel est le climat politique actuel au Népal ?

Après la récente période troublée, qui a atteint son paroxysme les 22-24 avril, nous sommes revenus à un climat « légèrement chaud » car certaines des exigences de la population ont été satisfaites. Mais de nombreuses tâches restent à accomplir et des questions subsistent, comme : qui contrôlera l’armée royale népalaise et participera-t-elle à la trêve ? Quels arrangements l’alliance des sept partis (maintenant au gouvernement) conclura-t-elle avec les maoïstes ?

Récemment, notre tâche a été grandement compliquée par les grèves et les obstructions. Mais le Parti communiste népalais (maoïste), dans une déclaration publique, a autorisé le CICR à circuler librement. C’est bien, mais le problème est qu’on peut tomber sur un tronc d’arbre barrant la route. Certains sont piégés et comme on ne peut pas le savoir, on doit faire demi-tour.

Comment la violence a-t-elle affecté la vie quotidienne de la population ?

Certaines régions rurales, mis à part le chef-lieu de district, ne sont pas sous le contrôle du gouvernement. Elles sont parfois sous contrôle maoïste mais pas toujours, ce qui provoque par conséquent un vide de pouvoir ; la police est absente et les postes sanitaires sont rares.

Les habitants rencontrent des problèmes lorsqu’ils se rendent de leur région au chef-lieu du district, car lorsqu’ils arrivent, les autorités les considèrent comme des sympathisants maoïstes. Mais quand ils rentrent chez eux, les maoïstes les soupçonnent d’avoir été fournir des informations aux autorités. Ils sont totalement piégés ! Quoi qu’ils fassent, une des parties le verra d’un mauvais œil.

Ces problèmes de mobilité compromettent également les moyens de subsistance de la population, qui est déjà pauvre. Les habitants doivent se rendre au marché et si on les en empêche, ils s’appauvrissent encore davantage.

À Katmandou, la récente violence a paralysé la ville : les magasins et les bureaux étaient fermés, aucune voiture ne circulait… Aucun produit quel qu’il soit ne pouvait être amené en ville, car les routes d’accès étaient fermées. Ainsi, la nourriture était laissée à pourrir dans les fermes, tandis que la population urbaine mangeait du riz et du ketchup…


Quelles sont les principales activités du CICR au Népal ?

Nous nous concentrons sur les activités en matière de détention, à savoir, les visites aux personnes privées de liberté, afin d’évaluer leurs conditions de détention, la protection de la population civile, en recherchant des personnes dont on est sans nouvelles, et le rétablissement des liens familiaux… ce sont principalement des opérations que nous appelons « axées sur la protection ».

Les délégués vont sur le terrain, parfois pour environ 10 jours, très souvent à pied. Ils effectuent des « contrôles de libération », c’est-à-dire qu’ils demandent aux familles si une personne a effectivement été libérée de prison [comme affirmé par les autorités].

Les délégués prennent également note des déclarations des villageois sur la façon dont ils ont été lésés par la conduite des hostilités, ou les mauvais traitements qu’ils ont subis de la part des diverses formations armées, que ce soit les maoïstes, l’armée royale népalaise ou la police. Le CICR intervient auprès des autorités dans l’espoir qu’elles prennent les mesures nécessaires afin d’empêcher que ces actes se reproduisent et qu’elles en punissent les auteurs.


Comment le gouvernement népalais voit-il le CICR ?

Je n’ai pas encore rencontré les nouvelles autorités ! Mais l’ancien gouvernement avait une bonne opinion du CICR ; il comprenait que, pour accomplir son travail humanitaire de façon neutre et impartiale, le CICR doit être en relation avec les deux côtés. Il ne s’y opposait pas du tout, au contraire, ces dernières années nous avons raccompagné chez eux quelque 100 Népalais libérés par les maoïstes !

D’un autre côté, certaines autorités nous considèrent comme une épine dans le pied, quand nous les harcelons sans arrêt – confidentiellement – à propos du traitement [des détenus] et des conditions de détention… et quand nous leur demandons si elles pensent vraiment que telle ou telle manière de conduire des hostilités est correcte. Cependant, elles comprennent qu’il est de notre devoir de le faire.


Quelles sont les relations du CICR avec les rebelles maoïstes ?

Les relations se sont énormément améliorées cette dernière année. Nous avons des rapports réguliers avec les chefs de file maoïstes, qui nous ont aidés à rencontrer des chefs régionaux sur le terrain. Ils acceptent notre mandat et notre travail.

Nous voudrions que ces bonnes relations aillent au-delà de l’acceptation et qu’elles se traduisent par des améliorations très concrètes des conditions de vie de la population civile. Je pense que cela prendra du temps, mais nous avons fait de grands progrès au cours de cette dernière année.


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4-05-2006