De quelle manière le CICR intervient-il au Népal pour venir en aide aux personnes victimes de la violence armée ?
© Kantipur Publications / Prakash Mathema / np-e-00035
Aéroport de Katmandou, 2004. Remise aux autorités du Népal par le CICR de 37 membres de la police népalaise et des fonctionnaires de l’administration civile libérés par la rébellion maoïste.
Le CICR au Népal a un rôle tout à fait classique : il agit en tant qu'intermédiaire neutre entre les parties au conflit avec le but de susciter de leur part le plus de respect possible envers la population affectée par la violence.
En termes concrets, cela veut dire que nous visitons les gens détenus en relation avec le conflit. Nous le faisons pour l'instant dans les prisons civiles et les stations de police. Nous avons également visité à plusieurs reprises des personnes détenues par le Parti communiste népalais maoïste. Les délégués du CICR vérifient que les conditions de détention et le traitement accordés aux détenus sont conformes aux normes internationales.
Dans le cadre de cette action de protection, nous aidons aussi les détenus à reprendre contact avec leur famille à l'aide de messages Croix-Rouge. Entre autres, cela permet de diminuer l'angoisse des familles car elles savent que leur proche est vivant, et en connaissant le lieu de détention, elles peuvent envisager de lui rendre visite.
De plus, un conflit de cette envergure a forcément des répercussions sur la population. Quand des affrontements éclatent dans les campagnes, des personnes sont contraintes de fuir et elles prennent refuge dans le chef-lieu du district. C'est à ce moment-là que nous intervenons en coopération avec la Croix-Rouge népalaise pour donner aux déplacés les biens de première nécessité.
Beaucoup plus en amont, nous donnons une série de cours de formation aux officiers de l'armée népalaise afin de leur rappeler leurs obligations découlant du droit humanitaire international envers la population civile et les détenus en temps de conflit.
Dans un contexte de plus en plus troublé, que signifie vouloir être un intermédiaire neutre et impartial ?
© CICR / Jon Björgvinsson / np-e-00064
Vallée de Tila. Traversée d'une rivière lors d'une mission d'évaluation sur le terrain.
Tout d'abord, cela signifie que nous devons absolument avoir des contacts avec toutes les parties impliquées dans le conflit. Actuellement, je pense que le CICR est la seule organisation humanitaire au Népal à pouvoir circuler librement entre les régions sous contrôle gouvernemental et celles où aucune autorité ne s'exerce réellement. Les équipes du CICR se déplacent à pied dans le pays car c'est le seul moyen d'accéder à des endroits très reculés. Chaque équipe est composée d'un délégué et d'un interprète et rencontre régulièrement des représentants de la rébellion maoïste sur le terrain.
C'est l'occasion de leur rappeler à eux aussi leurs obligations découlant du droit international humanitaire, et notamment le principe du respect de la population civile et la protection accordée à ceux qui ne sont pas ou qui ne sont plus impliqués dans les hostilités. C'est surtout ce rôle là qui est important. En quelque sorte, le CICR au Népal est le porte-parole des personnes protégées par le droit international humanitaire. Nous mettons les deux parties quasiment en permanence devant leurs responsabilités.
Quels sont les objectifs que poursuit le CICR en soutenant l'action de la Croix-Rouge népalaise ?
© CICR / Jon Björgvinsson / np-e-00099
Un volontaire de la Croix-Rouge népalaise livre un message écrit par un proche dont la famille n'avait pas reçu de nouvelles depuis un an et demi.
Le travail humanitaire de la Croix-Rouge népalaise répond à une longue tradition. Cela consiste non seulement à apporter des secours en cas de catastrophes naturelles, mais aussi à assister des réfugiés dans des camps installés sur le territoire national. Je rappelle que cette Société nationale a été créée au moment de l'afflux d'un très grand nombre de réfugiés tibétains dans les années 1960.
Depuis 1996, la Croix-Rouge népalaise se voit confrontée à un conflit avec lequel elle a finalement peu d'expérience. Mais son atout majeur est sa présence sur le terrain : elle est implantée dans les 75 capitales de district avec des antennes dans plus de 1000 villages. Notre rôle est donc de la rendre plus opérationnelle en temps de conflit et de convaincre les parties impliquées que cette Société nationale est une organisation valable qui suit les mêmes principes que le CICR, entre autres la neutralité, l'impartialité et l'humanité.
Il est important que les parties comprennent, d'une part, que le drapeau de la Croix-Rouge est identique, qu'il soit utilisé par le CICR ou par la Croix-Rouge népalaise et, d'autre part, que nous voulons tous en temps de conflit obtenir les mêmes résultats, c'est-à-dire une meilleure protection et une assistance accrue pour ceux qui en ont le plus besoin.
Concrètement, les distributions d'articles essentiels à la survie de la population se font conjointement avec la Société nationale. Il faut également souligner le travail des volontaires qui nous aident à maintenir le lien vital entre les gens séparés par le conflit en collectant et en distribuant les messages Croix-Rouge… il est clair que sans eux nous ne pourrions pas offrir ce service.