Le conflit qui oppose les troupes internationales et afghanes aux groupes d’opposition armés s’est considérablement étendu et aggravé au cours de l’année écoulée ; d’abord limité au sud de l’Afghanistan, il s’étend aujourd’hui à des régions de l’est, de l’ouest et du nord du pays. Selon des sources officielles, en 2006, le nombre de victimes s’élevait à 4 000 dont 670 victimes civiles.
Le CICR a renforcé son soutien aux hôpitaux afin qu’ils puissent s’occuper des blessés de guerre qui ne cessent d’affluer, et il apporte une assistance d’urgence aux personnes récemment déplacées du fait de l‘intensification du conflit. Les opérations humanitaires sont repassées en phase d’urgence l’an dernier, une phase qui est loin d’être terminée, étant donné l’assistance médicale et les secours dont a besoin la population.
Pierre Krähenbühl a travaillé dans la délégation de Kaboul de 1993 à 1995 ; à ses yeux, le peuple afghan est fier, obstiné, souvent querelleur, mais en même temps extrêmement humble et modéré.
« L’Afghanistan nous montre à quel point le geste humanitaire est quelque chose de réellement universel, a-t-il expliqué. Les premières personnes à intervenir face à un besoin urgent sont bien sûr les voisins, les Afghans eux-mêmes, qui accueillent chez eux une famille déplacée. »
M. Krähenbühl a rendu hommage à tous les Afghans engagés dans l’action humanitaire, en particulier aux chirurgiens et aux infirmières qui dirigent seuls les hôpitaux depuis des années, mais également à l’équipe de 11 000 volontaires du Croissant-Rouge, aux 62 expatriés du CICR et aux employés nationaux (plus de 1 100) de l’institution.
La situation humanitaire se dégrade en raison de la prolifération des bombes placées au bord des routes, des attentats suicides, des meurtres ciblés, des bombardements aériens importants et prolongés et des opérations militaires, qui se sont intensifiés et étendus à différentes régions du pays.
Aujourd’hui, l’Afghanistan est loin d’être un pays stable. Du fait de l’intensité des combats, le nombre de blessés de guerre a considérablement augmenté et un sentiment général d’insécurité se répand dans la population locale.
« Dans la plupart des régions du pays, la préoccupation principale des Afghans est de rester à l’écart des zones de combat et de ne pas se laisser entraîner dans la violence », a ajouté M. Krähenbühl.
Les déplacements de personnes ont augmenté en raison des hostilités, principalement autour de Kandahar, dans le sud, où les combats ont été particulièrement intenses et deviennent réguliers.
Au cours des 12 derniers mois, de nombreuses situations d’urgence ont été aggravées par des catastrophes naturelles, notamment par un cycle continu d’inondations et de sécheresses.
De nombreuses personnes touchées par le conflit vivent ou ont dû se déplacer dans des endroits si reculés qu’elles n’ont parfois pas accès à des soins médicaux de qualité.
Le CICR a donc renforcé son soutien aux hôpitaux pour leur permettre d'accueillir un grand nombre de blessés de guerre. L’institution a également renforcé son soutien aux dispensaires et aux volontaires du Croissant-Rouge afghan, qui se rendent dans des régions sensibles pour former des équipes de secouristes dans les communautés. Durant les 12 derniers mois, plus de 1 700 blessés de guerre ont été soignés dans 14 centres médicaux soutenus par le CICR.
Le défi permanent auquel est confrontée l’institution est de travailler avec toutes les parties au conflit et de leur faire comprendre qu’elles ont l’obligation de respecter et d’appliquer le droit international humanitaire (DIH).
« Il s’agit en particulier de contrôler la manière dont les forces internationales, l’armée et la police afghanes, ainsi que les groupes d’opposition mènent les hostilités sur le terrain », a indiqué M. Krähenbühl.
M. Krähenbühl a cité l’exemple d’une attaque qui a eu lieu il y a un mois dans la province d’Herat ; une série de bombardements aériens et de combats au sol avait tué plusieurs dizaines de personnes dont des civils, provoqué le déplacement de plus de 2 000 personnes et détruit partiellement ou totalement 170 maisons.
M. Krähenbühl a ensuite indiqué que c’est grâce au partenariat très efficace avec le Croissant-Rouge afghan que le CICR a accru la portée de son action.
« Le renforcement de notre partenariat avec le Croissant-Rouge afghan nous permet d’être plus efficaces aujourd’hui qu’il y a quatre, ou même deux ans, a-t-il indiqué. Les dirigeants du Croissant-Rouge afghan n’ont pas ménagé leurs efforts pour en faire un acteur humanitaire indépendant et neutre, à l’instar du CICR, ce qui est tout à leur honneur. Le Croissant-Rouge afghan a accès à l’ensemble du territoire par ses 11 000 secouristes volontaires actifs dans les communautés. »
Le CICR continue de visiter près de 7 000 détenus dans 34 lieux de détention. Rien qu’au début 2007, il a apporté son assistance à plus de 15 000 personnes déplacées à Kandahar et dans ses environs. Les activités vitales de réadaptation physique se poursuivent : plus de 76 000 personnes ont été traitées depuis 1988, dont plus de 32 000 avaient été amputées. Le CICR continue également ses activités visant à améliorer l’approvisionnement en eau dans certaines des quartiers urbains les plus défavorisés du pays.
Pierre Krähenbühl a confirmé qu’après 20 ans, l’engagement du CICR d’apporter protection et assistance aux personnes qui en ont le plus besoin en Afghanistan était intact.
« Le fait que le CICR soit présent en Afghanistan depuis 20 ans souligne une évolution que nous observons dans beaucoup de pays où nous travaillons, à savoir que les conflits actuels ont tendance à perdurer, dit M. Krähenbühl. Il nous faut donc trouver une manière équilibrée de gérer à la fois les situations d’urgence et la récurrence des conflits et de leurs effets. »
Selon M. Krähenbühl, la persistance et la confiance ont été essentielles à l’efficacité des activités du CICR au cours des 20 dernières années.
« Les deux éléments fondamentaux pour notre travail durant toutes ces années sont que nous étions disposés à rester dans la durée, même lorsque personne ne s’intéressait particulièrement à l’Afghanistan, et que nous avons fait confiance aux initiatives et aux compétences locales », a-t-il conclu.
L’opération du CICR en Afghanistan compte parmi les opérations les plus grandes après le Soudan, l’Irak et Israël TO/TA.